Mettre ses limites.

Avez-vous déjà mis vos limites et ressenti un certain doute, après coup, à savoir si vous aviez fait la bonne chose?

Comment se fait-il que d’écouter ses besoins et ses limites peut en résulter en un doute sur notre décision, notre feeling du moment?

Je me pose la question parce que, bien que je travaille dans le domaine et que j’accompagne les gens à s’exprimer, à s’écouter, à mettre leurs limites, à se respecter, j’en viens à une conclusion bien personnelle : mettre ses culottes demande parfois à faire face à l’imprévu. Mettre ses culottes peut vous faire vivre un monologue interne où vous entendez 2 voix :

Votre côté rationnel qui vous dit que vous avez bien agi et l’autre voix, plus émotive, qui vous pogne parfois aux tripes et qui vous fait douter. S’ensuit une bataille entre ces deux côtés qui s’opposent, qui se battent littéralement pour survivre et qui peuvent vous faire passer un mauvais quart d’heure!

Je fais face à des situations où, bien que mes actions aient été réfléchies, posées et que j’ai conclu que je nommais mes limites et, par le fait même, mes attentes envers l’autre personne, le résultat étant que je doute parfois d’avoir bien agi. Personne n’est à l’abris! (Ou peut-être est-ce que j’essaie de me convaincre que je ne suis pas seule!)

Bref, ce côté, ce doute, cette bibitte, j’y fait face personnellement et je le vois également dans ma pratique. Par exemple : la réputation d’un professionnel est importante, particulièrement en début de carrière. Ce faisant, je me montrais parfois souples devant certaines politiques en ce qui a trait au déroulement des séances. Toutefois, ma souplesse et ma générosité ont eu leurs lots de conséquences : séances et frais impayés, retards continuels, frustrations, inquiétudes, etc. J’ai donc mis en place une structure un peu plus rigide, qui expose les conséquences si une demande n’est pas respectée. Toutefois, cette façon de procéder ne plait pas à tous et certains me confrontent à ce sujet et se battent comme des diables dans l’eau bénite pour ne pas vivre les conséquences (j’exagère un peu, mais vous comprenez mon point!).

Résultat : j’ai souvent eu des questionnements à savoir si j’agissais de la bonne façon ou non. J’ai compris que, premièrement, je me dois d’instaurer certaines règles afin d’assurer une bonne harmonie et ambiance de travail. Ces limites, en fait mes limites professionnelles sont essentielles pour mon cadre de travail. Deuxièmement, il va toujours y avoir des gens pour me confronter! Peu importe que j’établisse une structure ou que je sois la plus permissive des thérapeutes, il y aura toujours quelqu’un pour me confronter. Ainsi va la vie mon Ti-Guy et fait avec.

Ceci est un exemple de ma vie professionnelle, mais je me rends compte que bien des gens ont de la difficulté à dire NON ou C’EST ASSEZ. Bien des gens n’osent pas s’exprimer par peur de décevoir, de créer de la discorde ou par peur de se faire rejeter.

Bien que je remarque que l’éducation peut parfois jouer un rôle dans cette difficulté, je m’aperçois également qu’il y a une partie qui nous appartient : RESPECT de soi, prendre SOIN de SOI. Plusieurs personnes ont souvent la tendance à prendre soin et à répondre aux besoins des autres au détriment des leurs. Plusieurs agissent de cette façon afin d’avoir une valeur aux yeux de son interlocuteur.

Comment voulez-vous alors mettre vos limites et être en accord avec celles-ci si vous pensez toujours au bien-être et à la réaction de l’autre?

Comprenez-moi bien, je ne dis pas de se foutre de l’autre ou des impacts que cela peut avoir chez lui si vous prenez une décision quelconque et j’espère que les gens comprendront que je ne fais pas la promotion de l’égoïsme. Je tente plutôt de vous dire que pour une fois, prenez un moment pour clarifier vos besoins ainsi que vos limites. Ne tombez pas dans une indifférence, un individualisme ou un ‘je m’en foutisme de toi et je ne pense qu’à moi’. Il faut quand même trouver un équilibre entre vos besoins et ceux des autres.

Si toutefois vous avez cette fameuse tendance à faire passer les autres avant vous, clairement que dès que vous allez prendre une décision pour vous, vous ferez très certainement face à 2 réactions :

Bonne et moins bonne.

La première vous donnera sûrement le courage de continuer dans cette voie et de vous exprimer le plus possible. La deuxième vous fera peut-être douter. Ce maudit doute vous permettra toutefois de revoir votre comportement et d’analyser si en effet, vous auriez dû agir d’une autre façon. Dites-vous une chose : si vous avez l’habitude d’écouter les besoins des autres et qu’à un moment donné vous mettez votre pied à terre et dites, par exemple NON, vous changerez l’équilibre existante de votre dynamique et cela provoquera quelque chose (positif ou négatif). Bien que la houle et les vagues peuvent faire peur et vous donnez le tournis, si elles ont été créées parce que vous vous êtes écouté, bien, elles valent la peine. Vous valez la peine. L’important c’est que votre décision ait pris naissance en vous et qu’elle fait un certain sens. Il y aura toujours des gens pour nous confronter, qui ne seront pas d’accord. Ce n’est pas toujours facile (loin de là et il y aura des embûches). Ce faisant, lorsque ça devient trop périlleux et que vous éprouvez une souffrance, demandez de l’aide afin d’avoir de bons outils pour cheminer dans cette épreuve.

C’est bien beau tout ça, mais comment savoir quelles sont mes limites?

Prenez-vous un bon thé ou un bon café, une feuille et un crayon et assoyez-vous dans un endroit où vous vous sentez en sécurité. Écrivez alors de façon spontanée les réponses à cette question : quels sont mes besoins en tant que : 1. Homme ou femme, 2. Mère ou père, 3. Ami(e) 4. Conjoint(e). En écrivant vos besoins vos découvrirez vos limites. Si l’exercice est difficile, écrivez alors vos frustrations. Ces émotions cachent parfois vos besoins non-comblés. En découvrant vos besoins, vous découvrirez alors vos limites (ex : j’ai besoin d’être aimé. Ce faisant, je n’accepterai pas d’être dans une relation où mon/ma partenaire me dit des insultes).

Soyez congruent avec vous-même. Respectez-vous. Prenez soin de vous même si, peut-être, quelques personnes de votre entourage n’aimeront pas vos changements. Il s’agira peut-être alors de réévaluer ces relations, de travailler votre lâchez-prise et peut-être même d’entamer des étapes qui sont similaires au deuil.

Alexandra Bourdages Jérôme

Sexologue et psychothérapeute

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *